La contradiction interne de la démocratie

Le type de raisonnement logique développé dans l'article précédent peut sembler abstrait et philosophique. Il teste la validité d'un ensemble de principes en examinant s'ils se contredisent eux-mêmes. Quand l'acte même de nier un axiome confirme l'axiome qu'on essaie de nier, alors cet axiome est irréfutable. Mais ce type de raisonnement n'est pas abstrait, et il a au contraire des implications concrètes tout-à-fait immédiates. En voici une: la démocratie n'est qu'une entourloupe parce qu'elle contient en elle-même sa propre négation.

Par démocratie, on entend "le gouvernment du peuple, par le peuple, pour le peuple" au sein d'une zone territoriale "une et indivisible". C'est donc quand l'organisation de l'état émane de la volonté du peuple.

La contradiction fatale de la démocratie, c'est que la volonté du peuple peut très bien porter au pouvoir un gouvernement qui tue la démocratie.

  • Par exemple Périclès, le leader démocratiquement choisi par la république d'Athènes, mena la cité en 431 av. J.-C. dans une guerre contre Sparte qui déboucha sur la tyrannie des Trente.
  • La république romaine porta au pouvoir des hommes comme Marius, Sylla et Jules César qui la plongèrent dans des guerres civiles d'où naquit l'empire.
  • Pendant la révolution française, la première république instaura le régime dit de la "Terreur", qui suspendit les libertés et guillotina à tour de bras ses opposants politiques.
  • Les Etats-Unis élurent démocratiquement le président Abraham Lincoln, qui s'empressa de déclarer la guerre à 11 états qui avaient voté pour ses rivaux afin de leur interdire par la force de déclarer leur indépendance. Cette guerre culmina avec la bataille de Gettysburg où périrent plus de soldats américains que dans toutes les guerres du XXème siècle, guerres mondiales comprises.
  • Le parti national-socialiste des travailleurs Allemands a gagné les élections de 1933.
  • En 2006 le gouvernement démocratiquement élu par les Thailandais était si corrompu que des généraux ont fait un coup d'état pour instituer une dictature militaire. Le cycle constitution-élection-corruption-coup d'état s'est répété à plusieurs reprises dans ce pays comme dans d'autres pays de l'Asie du Sud-Est.

Il est donc tout-à-fait possible que le peuple choisisse démocratiquement de porter au pouvoir un régime qui lance une expédition guerrière qui lui sera fatale, provoque une guerre civile, guillotine ses opposants, massacre ceux qui revendiquent le droit à l'auto-détermination, déporte une minorité religieuse dans des camps de concentration, ou batte des records en matière de corruption. Non seulement c'est possible théoriquement, mais ça s'est tellement produit dans l'histoire, sous des latitudes et à des époques différentes, qu'on aurait du mal à parler d'accident. Il y a d'ailleurs une fort bonne raison pour qu'il en soit ainsi: déjà Aristote, l'un des penseurs qui fondèrent la civilisation occidentale, a remarqué que la démocratie mène inéluctablement à la tyrannie car la masse est une proie facile pour les démagogues.

Puisque la démocratie contient en elle-même sa propre contradiction, ce n'est pas un régime politique qu'on puisse prendre au sérieux.

Peut-on "modifier" la démocratie pour "empêcher" les gens de voter pour "le mauvais" candidat? Oui, mais ça ne sera plus de la démocratie, puisque par définition dans une démocratie le peuple fait ce qu'il veut. Ce régime de type oligarchique est en fait celui où nous vivons actuellement.

La classe au pouvoir est constituée des privilégiés qui vivent de l'argent public et en vivent bien: journalistes en vue, artistes bien-pensants, hauts fonctionnaires, hommes politiques de "l'establishment", syndicalistes, responsables des associations subventionnées par l'état, chefs d'entreprise passant des gros contrats avec l'état, etc. Ils se coordonnent pour "convaincre" les français de ne voter que pour les candidats qu'ils ont pré-sélectionnés. La démonisation de Jean-Marie Le Pen depuis 30 ans procède de cette logique. Quand "convaincre" ne suffit plus, on a recours à des moyens plus directs. Par exemple, la règle des 500 signatures empêche des candidats qui voudraient réduire de manière substantielle le rôle de l'état, comme Claude Reichman (en 2002) et Edouard Fillias (en 2007), de se présenter. Comme ça ne suffisait pas, Nicolas Miguet, candidat du Rassemblement des Contribuables Français, lui aussi prônant une réduction des dépenses publiques, s'est fait cambrioler puis a fait un petit tour en prison. Souvenons-nous que le comédien Coluche s'est retiré de la campagne présidentielle 1981 après que son régisseur a été abattu de 2 balles dans la nuque.

La France vit donc dans un régime dirigé par une classe qui restreint l'exercice du pouvoir à ses propres membres, et demande au peuple de choisir tous les 5 ans quel membre de la classe dirigeante sera la figure de proue officielle. Il est bien évident que le peuple ne détient pas le pouvoir, puisqu'il n'a pas le droit de chosir une direction non approuvée par la classe dirigeante. Ceci ne peut donc en aucun cas s'appeler une démocratie. Ce n'est pas forcément un problème en soi, puisqu'on a vu que la démocratie peut conduire à la tyrannie, mais il faut appeler un chat un chat. Il faut qu'on sache que la France est dirigée par une oligarchie faisant très peu de cas de la volonté populaire.

En fait ce qu'ils veulent, c'est que les Français croient qu'ils ont le pouvoir, quand en fait ils le leur ont confisqué. Pourquoi tant d'efforts pour mentir et pour emberlificoter les gens? Tout simplement pour les empêcher de poser la question qui s'impose: la classe dirigeante exerce-t-elle le pouvoir pour son propre bénéfice ou pour celui des Français? Un élément de réponse est que cette classe vit des dépenses publiques et fait métier de produire des régulations en tout genre. Donc on ne pourra pas compter sur elle pour minimiser le train de vie de l'état, laisser l'argent dans la poche des Français, et restreindre le champ d'action de la fonction publique.

Si cette classe exerce le pouvoir pour son propre bénéfice alors les Français sont en droit de retirer leur consentement à ce régime. N'oublions pas que le rapport des forces numérique entre les gouvernés et la classe gouvernante est de 1000 contre 1, donc ils peuvent la renverser à leur gré et la remplacer par n'importe quelle forme de gouvernement qui leur semblerait préférable: junte militaire, soviet suprême, monarchie de droit divin... ou, pour les amoureux de la liberté, anarcho-capitalisme!

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