Tout pour le profit

Dans le cadre de ma série sur le rôle régulateur de l'état, j'examine ici l'idée selon laquelle les industriels et commerçants seraient motivés uniquement par une logique de profit maximum. C'est-à-dire que la motivation financière écraserait toutes les autres.

En réalité les employés des entreprises privées ne sont pas motivés uniquement par l’argent, pas plus que les autres hommes. L’argent est une source de motivation parmi d’autres, dont l’importance relative fluctue au gré des individus et des circonstances. Il arrive très souvent qu’un travailleur du privé refuse un emploi mieux rémunéré parce qu’il préfère un autre emploi moins rémunéré, soit parce que ça l’intéresse plus, soit parce qu’il préfère la culture de la compagnie, soit parce qu’il croit aux produits et aux services qu’il contribue à créer ou à commercialiser.

En fait, un travailleur qui va bosser tous les matins uniquement pour l’argent est un homme profondément malheureux. C’est quelqu’un qui n’aime rien dans son boulot, et donc il le fait mal. Il aura une carrière peu brillante. Souvent ceux qui ont eu le plus de succès sont ceux qui étaient passionnés par ce qu’ils faisaient, et pour qui l’argent n’est venu qu’après-coup. Et cela, à tous les échelons de la compagnie, de l’employé le plus humble jusqu’au PDG et au conseil d’administration.

Je ne dis pas que l’argent n’est pas important, mais juste que c’est inhumain d’avoir une passion exclusive (l’argent ou une autre) à laquelle on sacrifie toutes les autres dimensions. Si on part du principe que ceux qui bossent dans le secteur privé sont par définition inhumains, si on les démonise a priori, c’est sûr qu’on va aboutir à de drôles de conclusions. Mais ces conclusions n’auront aucun rapport avec la réalité.

Pour toucher du doigt le caractère étrange de cette supposition, imaginez que vous réunissez dix personnes autour d’une table. Est-ce qu’il est possible qu’une seule et même chose les motive tous les dix ? Non ! Untel veut être célèbre, tel autre veut être riche, un troisème veut être intelligent, un quatrième du pouvoir, le cinquième veut travailler le moins possible, le sixième veut juste être heureux dans la vie, le septième met sa famille en premier, le huitième veut sauver des vies humaines, le neuvième veut répandre le bien, et le dixième ne sait pas ce qui le motive. Les êtres humains sont tous fondamentalement différents les uns des autres, et il n’y en a pas deux qui aient la même opinion. Il est donc inimaginable que les 16 millions de gens qui travaillent dans le secteur marchand en France puissent être motivés par un seul et même objectif à l’exclusion de tout autre.

Quant au mythe selon lequel les hommes politiques et fonctionnaires, eux, ne considèrent pas leur intérêt individuel et agissent uniquement pour le bien public (en supposant qu’un tel concept puisse être défini), il a été définitivement explosé par la théorie des choix publics de James Buchanan, prix Nobel d’économie 1986. C’est un mythe essentiellement propagé par les institutions d’enseignement contrôlées par des fonctionnaires, et on voit bien pourquoi. Si on part du principe que ceux qui bossent dans le secteur public sont des saints, c’est sûr qu’on va aboutir à de drôles de conclusions. Mais ces conclusions n’auront aucun rapport avec la réalité.

Gallatin







Réponse d'Emmanuel:



Pour résumer mon état d'esprit après lecture de ton article sur l'intérêt financier: "Touché mais pas coulé".

« Souvent ceux qui ont eu le plus de succès sont ceux qui étaient passionnés par ce qu’ils faisaient, et pour qui l’argent n’est venu qu’après-coup. » Entièrement d’accord, c’est une caractéristique fréquente chez la plupart des patrons d’entreprise que j’ai côtoyé. Cela dit c’était rarement des philanthropes.

Certains systèmes deviennent néanmoins des machines où le seul et unique critère est l’argent. Je conseille vivement de voir le documentaire « Sicko » de Michael Moore notamment pour l’audition (par une commission américaine) d’une femme médecin qui explique que son travail dans une compagnie d’assurance était de refuser la prise en charge des soins des assurés. Son avancement était lié aux résultats financiers obtenus, c'est-à-dire à l’argent non dépensé. Visiblement, le fait avoir accéléré la mort de nombre de ses assurés n’a pas rendu ce médecin heureux mais il s’est accommodé du système pendant bien longtemps. Et une immense majorité de ces collègues s’en accommode toujours si l’on juge les résultats financiers des compagnies d’assurance américaines.

En France il a fallut 29 années pour que l’amiante soit finalement interdite. Les résistances des entreprises concernées malgré les évidences sont un autre exemple de cet engrenage financier qui rend une activité à proprement parler criminelle.

Les fonctionnaires bien évidemment sont eux aussi parfois soumis à ces systèmes qui les font arbitrer contre l’intérêt public. Et je ne parle même pas ici des mécanismes de corruption.

Prenons l’exemple de la vaccination en France. Je ne m’étendrai pas ici sur l’inutilité et la nocivité des vaccins (c’est un avis personnel), sujet tabou au pays de Pasteur. Mais il convient de remarquer que la France continue d’obliger les nourrissons à recevoir 4 vaccins, alors que la plupart des pays européen ont reconnu la liberté de vaccination (certains pays ont même interdit des vaccins autorisés en France). Ces pays ne sont pas plus touché par des maladies graves que la France. Mais la France est le premier pays producteur de vaccin au monde. C’est notre camembert au lait cru médical. On n’y touche pas. Mieux on le subventionne au détriment de la santé des individus. Dans ce cas les entreprises poussées par leur propre intérêt mercantile, instrumentalisent le pouvoir régulateur de l’Etat pour maximiser leurs profits (cela me fait toujours bizarre d’utiliser une dialectique marxiste!) sans considération des besoins réels des clients.

Une digression au passage sur les fonctionnaires : un système peut aussi leur faire prendre des décisions contraires au bien public par soumission à des critères idéologiques. On pense à l’affaire du sang contaminé. Pour ne pas « discriminer » les prisonniers, on a sciemment continué à prélever du sang infecté du virus HIV. Dans ce cas c’est la pression idéologique du système qui a primé.

En conclusion, le terme « uniquement » pour qualifier les motivations financières des entreprises et entrepreneurs est sans conteste exagéré, mais il reste que certaines entreprises et certains entrepreneurs sont ou deviennent guidés uniquement par des considération mercantiles.

Le fait de dire qu’il existe naturellement d’autres motivations que l’argent, ce qui est vrai, n’enlève rien au fait que certaines personnes ou organisations ont pour unique motivation – et principal critère d’évaluation – l’argent. C’est un ensemble de facteurs qui créent un système ; ce système, une fois mis en place, devient le référent au détriment du bon sens naturel.

Refuser au nom d’un principe de se protéger d’une réalité dans certains cas précis me semble relever de l’angélisme, compréhensible pour un vieux professeur germanique dans son bureau, moins pour des responsables politiques (noter le mot « responsable »). Le monde est imparfait. Dans un monde sans régulation, les plus forts, les plus malins vont très souvent chercher à abuser des plus faibles, des gogos. C’est humain. Par nature ces régulations sont imparfaites ; elles sont créées et appliquées par des humains, pire des fonctionnaires (c’est une blague… pas la peine de réagir sur ce propos), mais ne sont-elles préférables au vide, lui-même imparfait.

Un dernier mot pour parler d’expérience personnelle : ayant passé beaucoup (trop) de temps en Chine ces dernières années dans des usines, tout consommateur conscient devrait allumer un cierge pour remercier l’Etat français des normes obligatoires concernant les produits de grande consommation.

Emmanuel.


La suite du débat ici.
A suivre...

Du rôle régulateur de l'état

Emmanuel, qui a créé le premier blog français sur Ron Paul, un candidat à l’investiture du parti républicain pour les élections présidentielles américaines de 2008, m’a envoyé un message récemment. Quand on sait que Ron Paul veut que l’état fédéral américain arrête de faire ce qui n’est pas explicitement autorisé par la constitution américaine, c’est-à-dire 90% de ce qu’il fait actuellement, on imagine qu’Emmanuel ne doit pas être un défenseur de l’étatisme envahissant... Dans ce message, il défend néanmoins l'existence de l'état pour son rôle régulateur.

J’ai du mal à envisager le non interventionnisme absolu de l’Etat. En pratique et pour donner un exemple, je suis ravi qu’en France l’Etat interdise la publicité pour les médicaments (ceux remboursés par la sécu me semble t-il). Cela me désespère toujours aux Etats-Unis de voir des publicités qui passent en boucle pour suggérer au téléspectateur que s’il ressent tel symptôme, c’est peut être parce qu’il a telle maladie, mais que miracle ce médicament va lui régler son problème, et qu’il lui suffit d’en parler à son docteur… Résultat, les américains sont persuadés qu’il existe une pilule miracle à tous leurs problèmes sans avoir à remettre en cause leur comportement. C’est humain… En conséquence, ils avalent des médocs qui masquent temporairement un problème, mais en créent automatiquement un autre en réaction, qui nécessite une nouvelle pilule…

Je pense à de nombreux exemples où l’Etat peut et doit avoir un rôle régulateur, et j’ai du mal à articuler cela avec le libéralisme / libertarianisme…

Autre exemple de régulation heureuse: En matière bancaire, l'encadrement des organismes de prêt à permis d'éviter en France des emballements suicidaires du type "subprime loans" aux Etats- Unis.

Cette objection est intéressante, et il y a sûrement beaucoup d’autres lecteurs qui pensent pareil. Je vais donc y répondre en détail. Emmanuel résume son point de vue avec ces mots:

On s'aperçoit que ces législations régulatrices ont pour effet de protéger les faibles, les naïfs, ceux qui n'ont pas le savoir, l'éducation, ou la maîtrise nécessaire de la complexité de notre société pour déjouer les pièges habiles des industriels et commerçants motivés uniquement par une logique de profit maximum et immédiat sans considération pour l'intérêt de leurs clients.

Cette phrase me semble particulièrement bien écrite, donc je vais me concentrer sur elle. Elle contient un certain nombre de suppositions :

  1. les industriels et commerçants sont motivés uniquement par une logique de profit maximum (la motivation financière écrase toutes les autres);

  2. les industriels et commerçants sont motivés uniquement par une logique de profit immédiat (vision à court terme au detriment du long terme);

  3. les industriels et commerçants agissent sans considération pour l'intérêt de leurs clients;

  4. les industriels et commerçants tendent des pièges habiles à leurs clients (mensonge, tromperie, fraude);

  5. il est possible de protéger les faibles, les naïfs, ceux qui n'ont pas le savoir, l'éducation, ou la maîtrise nécessaire de la complexité de notre société;

  6. il est désirable de protéger les faibles, les naïfs, ceux qui n'ont pas le savoir, l'éducation, ou la maîtrise nécessaire de la complexité de notre société;

  7. le gouvernement est le mieux placé pour protéger les faibles, les naïfs, ceux qui n'ont pas le savoir, l'éducation, ou la maîtrise nécessaire de la complexité de notre société;

  8. les législations régulatrices réussissent à protéger les faibles, les naïfs, ceux qui n'ont pas le savoir, l'éducation, ou la maîtrise nécessaire de la complexité de notre société (les régulations atteignent le but qu’elles se donnent).

Or, chacune de ces propositions est fausse. J'ai rédigé une série de billets qui les examinent une par une. On peut y accéder en suivant les liens contenus dans chacune des 8 propositions énumérées ci-dessus. Je n'ai pas inventé tout ça dans ma petite tête en cinq minutes, c'est extrait de livres bien plus scientifiques et rigoureux écrits sur le rôle de l'état par Ludwig von Mises, Murray Rothbard et Hans-Hermann Hoppe. Bien sûr, j'invite ceux qui veulent poster des commentaires (sérieux, comme ceux d'Emmanuel) à continuer le débat s'ils apportent des contre-arguments pertinents.
A suivre...

Surnaturel et collectivisme

Prenons le problème de l’état à rebours. Plaçons-nous du point de vue non des exploités que nous sommes, mais de celui de nos ennemis les exploiteurs.

Imaginons qu'un denommé Alexandre dise à Boniface : « Voilà, maintenant tu travailleras pour moi et obéiras à tous mes ordres. » Clairement on peut s’attendre à ce qu'Alexandre ait besoin de recourir à la violence pour contraindre Boniface à se soumettre, qu’il faille qu’il soit plus fort et lui fasse physiquement peur. C’est le modèle social de la démocratie athénienne et de la république romaine, dont l’économie était fondée sur l’esclavage et le fouet.

Néanmoins la violence physique, ça n’est pas la panacée. C’est dangereux : Alexandre pourrait se blesser au combat, ou infliger à Boniface des blessures susceptibles de diminuer sa capacité productive. Que vaut un esclave mort ?

Alexandre doit donc trouver un moyen de leurrer Boniface, de diminuer sa résistance psychique, de le convaincre d’être un esclave volontaire. Si tout ce qu’il a trouvé c’est de dire : « tu m’obéiras parce que j’ai envie qu’il en soit ainsi », ça risque de ne pas aller loin. En effet, Boniface est capable de retourner l’argument et de demander pourquoi c’est lui qui doit obeir à Alexandre et non le contraire. A ce moment-là, Alexandre sera coincé. D’où la nécessité d’invoquer un argument plus subtil.

La première idée est d’invoquer des forces surnaturelles : « Tu m’obéiras parce que Dieu en a décidé ainsi. » Encore faut-il que Boniface croie en Dieu, respecte les prêtres, et que ces mêmes prêtres aient oint Alexandre et ses aïeux, chantent ses louanges à l’église tous les dimanches. Il va falloir qu'Alexandre partage le bénéfice de la souveraineté avec le clergé. C’est faisable pour un temps. Ce petit arrangement entre amis a fait les beaux jours de la dynastie capétienne.

Mais un de ces quatre matins, Boniface cessera de croire en Dieu, ou de croire que Dieu a oint Alexandre. Ce jour-là, la monarchie héréditaire de droit divin s’effondrera.

Alors que faire ? Si Dieu n’existe plus, s’il n’y a ni Paradis ni Enfer, je dois quand même trouver un argument pour convaincre Boniface de m’obéir, sans lui avouer que j’ai décidé qu'il devait m’obéir parce que ca m’arrangeait bien. Diantre, ce n’est pas facile... Il faut trouver quelque chose qui soit au-dessus de Boniface, mais qui ne soit ni moi, ni Dieu. Il ne reste pas grand-chose – si : les autres ! La voilà, la seule solution possible : dire que c’est parce que je parle au nom de tous les autres (non pas au nom d’un voisin particulier, mais au nom de l’humanité toute entière ou presque) que Boniface doit m’obéir.

Certes, il faudra justifier que je suis mieux à même d’interpréter la volonté des autres que Boniface, lui faire admettre que la volonté des autres existe, qu’il doit s’y soumettre, et que cette volonté exige qu’il obtempère précisément aux instructions qu’il me plaît de proclamer. Mais c’est quand même plus facile que de le frapper, de lui faire croire à des histoires surnaturelles, ou de lui avouer la vérité.

De cette analyse il ressort que les arguments collectivistes sont les seuls qui puissent générer un comportement d’esclave volontairement soumis maintenant que Dieu n’est plus à la mode. C’est tragique le nombre de gogos qui avalent de telles balivernes…

A suivre...

Qu’est-ce que le libéralisme ?

C’est l’idéologie politique qui a renversé les monarchies à la fin du XVIIIème siècle. Elle ne peut être comprise que dans le contexte de la monarchie. C’est une fille de son époque, et il est nécessaire de remonter aux sources pour la comprendre. Fort heureusement ce n’est pas difficile parce qu’elle a eu tellement de succès, faisant douter les monarques de leur bon droit à régner et à commander leur peuple, que ses réverbérations sont parvenues jusqu’à nous. Il faut juste la dépouiller de la gangue qui l’a entourée et qui a été rajoutée après-coup.

Pour bien apprécier son importance, souvenons-nous qu’une élite dominante n’abandonne jamais volontairement le pouvoir, tant qu’elle croit à sa propre autorité.

Une illustration de cette loi est l’abandon du pouvoir par le régime soviétique en 1989, qui n’a eu lieu que parce que le KGB, l’élite du parti communiste, s’était rendu compte que le produit intérieur brut de l’URSS était moins de 4% de celui des Etats-Unis. Cette constatation a validé une fois pour toutes la supériorité de la doctrine libérale dans le domaine de l’organisation économique. D’ailleurs, personne ne remet en cause aujourd’hui le fait que le meilleur moyen de fournir la population en papier-toilettes (pour prendre un exemple au hasard) est de permettre aux propriétaires des usines de papier-toilettes de se faire concurrence les uns aux autres afin de laisser les consommateurs récompenser financièrement les fournisseurs qui répondent le mieux à leurs besoins. Ce n’est pas d’avoir un monopole de la production du papier-toilettes confié à une usine nationalisée gérée « par le peuple et pour le peuple ».

Dans le domaine politique, c’est exactement pareil. Deux siècles auparavant, les élites qui gravitaient autour des monarques héréditaires se sont mises à douter de la légitimité de leur pouvoir. Les idées qui ont causé cette remise en question étaient les idées libérales dans leur dimension non pas économique mais politique. L’antériorité de cette révolution idéologique sur celle de 1989 témoigne de l’importance supérieure de la politique sur l’économie. Des idées aussi puissantes méritent d’être revisitées – quelles étaient-elles ?

Selon la Déclaration d’Indépendance Américaine du 4 juillet 1776, les hommes « sont doués par leur Créateur de droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur.»

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 se porte garante de « la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. »

Même Louis XVI, imprégné des valeurs de son époque, a dit : « Il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. »

On voit une confluence qu’on peut résumer ainsi, au-delà des variations de vocabulaire : l’homme possède 3 droits naturels qui sont la vie, la liberté et la propriété ; ils sont antérieurs et supérieurs à tout gouvernement instauré entre les hommes. L’objectif du libéralisme est de protéger ces droits naturels contre les abus du gouvernement.

Que l’état soit démocratique ou non n’y change rien : ce qui compte, c’est de se protéger contre lui. Le caractère démocratique d’un état n’est pas un excuse justifiant qu’il commette n’importe quel abus contre les droits naturels de ses citoyens, c’est un moyen pour empêcher que ces abus n’aient lieu. Si ce moyen échoue, le libéralisme recommandera l’adoption d’autres méthodes plus vigoureuses, ce qui impliquera l’abandon du système démocratique standard. Le libéralisme peut donc s’opposer à la démocratie.

Les politiques libérales classiques du XVIIIème siècle :

  1. droit de vote,

  2. liberté d’expression,

  3. constitution limitant le pouvoir de l’état sur le citoyen,

  4. séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire,

sont évidemment conçues avec un seul objectif : protéger les droits naturels des hommes contre les abus de l’état.

Ont-elles fonctionné comme prévu ? Non. L’histoire sanglante du XXème siècle en est la preuve. Pas la peine de faire un dessin.

Pourquoi pas ? Une analyse théorique permet de mettre à jour certaines failles structurelles :

  • Le fait que les gouvernants n’aient le pouvoir que jusqu’à la prochaine élection et ne puissent le léguer en héritage à leurs enfants rend leur horizon de décision plus court, et ils seront systématiquement incités à sacrifier le long terme au court terme.
  • Ce système institutionnalise une compétition entre les producteurs d’idéologies collectivistes susceptibles de leurrer les masses, qui fait que les menteurs les plus accomplis sont ceux qui parviennent au sommet de l’état.
  • La libre entrée dans la fonction de gouvernement permet de co-opter et de corrompre n’importe quel individu qui, par son talent, ses efforts et sa réussite pourrait sinon constituer une menace à l’institution.
  • L’argent des impôts peut être réinvesti par l’institution étatique dans la production d’idées destinées à faire croire à la majorité des gens que la servitude, c’est la liberté.

Devant ce constat d’échec, quelles autres mesures peut-on imaginer qui seraient plus efficaces ? Inspirons-nous du domaine où l’idéologie libérale a eu le plus de succès, parce que ses avantages sont les plus immédiatement mesurables : le domaine économique. L’économie en soi n’est pas le champ d’application le plus important des idées libérales, car la politique économique n’est pas plus importante que la politique étrangère, la politique sociale ou la politique culturelle. Néanmoins, comme c’est le domaine où la doctrine libérale a été la mieux comprise, elle constitue la meilleure source d’inspiration pour qui veut résoudre une question aussi épineuse que la remise en cause de la méthode démocratique pour atteindre les objectifs libéraux.

Laissons parler le grand théoricien libéral Gustave de Molinari :

S'il est une vérité bien établie en économie politique, c'est celle-ci :


Qu'en toutes choses, pour toutes les denrées servant à pourvoir à ses besoins matériels ou immatériels, le consommateur est intéressé à ce que le travail et l'échange demeurent libres, car la liberté du travail et de l'échange a pour résultat nécessaire et permanent d'abaisser au maximum le prix des choses.


Et celle-ci:


Que l'intérêt du consommateur d'une denrée quelconque doit toujours prévaloir sur l'intérêt du producteur.


Or, en suivant ces principes, on aboutit à cette conclusion rigoureuse:


Que la production de la sécurité doit, dans l'intérêt des consommateurs de cette denrée immatérielle, demeurer soumise à la loi de la libre concurrence.


D'où il résulte:


Qu'aucun gouvernement ne devrait avoir le droit d'empêcher un autre gouvernement de s'établir concurremment avec lui, ou obliger les consommateurs de sécurité de s'adresser exclusivement à lui pour cette denrée.



De cette analyse claire et compréhensible par tous, je déduis que les quatre politiques libérales classiques énumérées ci-dessus qui ont démontré leur incapacité patente à réaliser les idéaux libéraux de défense des droits naturels des hommes contre les abus de l’état doivent être remplacées par trois autres mesures plus vigoureuses et exemptes de failles théoriques structurelles :

  1. Droit d’ignorer l’état
  2. Droit de concurrencer l’état
  3. Droit de sécession illimité

Ces droits mettront en concurrence les fournisseurs de services de protection du droit de propriété opérant sur un même territoire, ce qui limitera leur capacité à violer les droits naturels des hommes qu’ils sont censés servir.

Voilà où nous en sommes. Il me semble que, dit comme ça, on peut difficilement contester que les méthodes de Molinari sont le meilleur moyen de mettre en œuvre les idéaux des révolutions françaises et américaine qui ont été trahis au fil du temps par la faillite des recommandations politiques libérales classiques.

De là à pouvoir renverser la vapeur avant qu’il ne soit trop tard, c’est une autre paire de manches.

A suivre...

Monarchie, Libéralisme & Collectivisme

La civilisation occidentale a vécu trois époques distinctes. La première, l’époque monarchique, s’étend grosso modo de l’an mil à la fin du XVIIème siècle. A cette époque, le principe d’autorité émanait du Dieu de la Bible et était investi dans la personne du roi, prince ou autre souverain héréditaire. Puis, avec la Glorieuse Révolution de 1688 en Angleterre, et la diffusion progressive à travers les élites des idées libérales, en particulier la théorie des droits naturels, s’ouvrit une époque libérale qui permit l’éclosion de la révolution industrielle.

Les penseurs de cette époque avaient correctement analysé les lois de l’organisation sociale, du moins en ce qui concerne la division du travail, les fonctions de négoce et d’import-export des biens de consommation, et l’activité productrice en général. C’est la doctrine du libre-échange, la lutte contre le mercantilisme, et une confiance illimitée en la capacité d’auto-organisation et d’auto-régulation des mécanismes économiques, tant que le souverain se garde d’intervenir.

Néanmoins, cette victoire de la pensée libérale sur le plan de l’organisation des relations consensuelles entre producteurs et consommateurs au sein du marché des biens, est doublée d’une erreur fondamentale dans la pensée politique du libéralisme. La relation politique entre les hommes est une relation de force, de contrainte, de coercition. Elle est donc par nature fondamentalement différente de la relation économique. On peut dire qu’elle se situe très exactement aux antipodes, qu’elle constitue la négation même de la relation économique mutuellement consentie.

Il serait donc erroné d’appliquer dans le domaine politique les mêmes recettes que celles qui ont si bien réussi dans le domaine économique: liberté totale, laisser-faire, confiance en la capacité des gens à s’auto-organiser. Les luttes pour la liberté d’opinion, la liberté de la presse, la liberté d’expression, la démocratie, le suffrage universel, qui constituent l’essence même de l’engagement politique des libéraux aux XVIIIème et XIXème siècles, vont donc dans le mauvais sens et sont en fait extrêmement dangereuses. En effet, elles ouvrent la porte grande ouverte à des formes de cœrcition politique infiniment plus perverses et violentes que le principe monarchique: les collectivismes.

On les a vus en germe dès le début de la Révolution Française. L’impulsion initiale de cette révolution était libérale, c’est le libéralisme qui a fait douter les élites au pouvoir autour du Roi, et Louis XVI lui-même, de la légitimité de leur autorité. Il faut savoir qu’une révolution ne peut se déclencher que si les élites doutent. Or, très rapidement, la vacance du pouvoir a laissé le champ libre aux collectivismes les plus horribles: ce fut la guerre civile de 1793 contre les Fédéralistes, le génocide vendéen de 1794, Robespierre et la Terreur, puis les conquêtes napoléoniennes si coûteuses en sang.

Dire que le Roi de France tenait son pouvoir de droit divin était un peu ridicule, quand on se souvient qu’il descendait de guerriers francs dont le seul mérite est d’avoir pillé les terres gallo-romaines, subjugué les paysans, massacré leurs chefs et inséminé leurs filles. La légitimité de la dynastie capétienne ne venait pas de là. Néanmoins, même d’un point de vue strictement libéral, Louis XVI aurait été acceptable s’il avait empêché ce massacreur de Robespierre d’arriver au pouvoir en chevauchant les idées du proto-communiste Jean-Jacques Rousseau (selon lequel les clauses du contrat social « se réduisent toutes à une seule, savoir l'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté ») et de perpétrer un génocide contre le peuple de Vendée. Pour paraphraser un slogan d’actualité : « tout sauf Robespierre ! » Seulement voilà, les libéraux n’ont pas fait ce raisonnement et n’ont eu cesse d’affaiblir l’autorité du roi.

Finalement quand l’énergie des premiers collectivismes se fut tarie, victime des massacres qu’ils ont engendrés, il ne resta plus que le libéralisme qui avait donné le coup de pouce initial à cette révolution, la monarchie fut restaurée par Louis XVIII, et le seul gouvernement libéral que la France ait jamais connu fut formé.

Les collectivismes ne retinrent qu’une leçon de ce triste épisode: l’énergie de la violence est bien présente dans la folie des foules, mais il faut l’exploiter doucement, lentement, augmenter le débit progressivement, pour éviter qu’une orgie sanglante n’y mette un terme trop rapidement.

Les libéraux, surpris et choqués de l’échec de leurs idées généreuses sur le plan politique, petit à petit réalisèrent qu’ils étaient confrontés à une nouvelle puissance maléfique capable de déchaîner ce qu’il y a de plus vil dans le cœur des hommes, ce démon collectiviste qu’ils avaient eux-mêmes contribué à créer en sapant les justifications morales de la monarchie qui – malgré tous ses défauts – avait une bien belle qualité, celle d’occuper le terrain et donc d’empêcher l’expansion du démon.

Les plus lucides d’entre eux essayèrent de corriger le tir, de trouver où était l’erreur fatale qui avait fait d’une idéologie si utile pour analyser les relations humaines consensuelles, une doctrine si mauvaise pour les relations humaines coercitives. Mais cet exercice était intellectuellement très difficile. Ils étaient confrontés à un phénomène nouveau dans l’histoire du monde, et ils n’avaient pas le bénéfice des siècles d’incubation qui avaient précédé la naissance des idées libérales économiques. Ils ont tous échoué par manque d’audace, sauf un.

Gustave de Molinari, en 1849, a osé penser l’impensable: quelles que soient les limites qu’on veuille bien imposer au gouvernement (constitution, séparation des pouvoirs, élection du chef par le peuple), tant qu’un gouvernement – quel qu’il soit – détiendra le monopole de la production de la sécurité sur un territoire donné, il en abusera, ce qui tôt ou tard mènera à une forme intolérable de tyrannie. Le volet politique du programme libéral n’est donc pas, contrairement à ce qu’ont pensé tous les libéraux avant lui, de concocter une bonne petite constitution qui garantisse des élections démocratiques et la séparation des pouvoirs, pose une limite aux domaines de compétence de l’état, et garantisse certaines libertés civiques (d’expression, de la presse, etc.), mais purement et simplement de permettre à tout homme qui le désire de se désabonner de l’état et de se fournir en services de protection du droit de propriété et de résolution des désaccords auprès de toute autre organisation de son choix, et ce, sans déménager. En résumé, Molinari a découvert que seuls le droit d’ignorer l’état et le droit de concurrencer l’état étaient à même de garantir les droits naturels des individus contre le risque d’abus étatique. En particulier, ces droits impliquent le droit de sécession illimité de toute région, département, canton, commune, quartier, pâté de maison, et en fin de compte de toute maison. Molinari a été le premier, et de son vivant est resté le seul, à avoir corrigé l’erreur fondamentale des théories politiques libérales antérieures.

S’il fallait résumer la théorie politique libérale en peu de mots, on pourrait dire: la valeur la plus précieuse au monde est la liberté, et il faut à tout prix protéger la liberté des hommes contre la tendance intrinsèque de l’état à commettre des abus. Enoncée comme ça, en termes de valeurs et d’objectif, cette vision est celle de Voltaire et Montesquieu autant que celle de Molinari. Je pense que tout le monde aujourd’hui peut y souscrire.

Qui dit objectif dit moyens et méthodes pour y arriver. Là, il y a désaccord. D’un côté, il y a les chevaux de bataille libéraux classiques déjà évoqués (droit de vote, constitution, séparation des trois pouvoirs exécutif, législatif, et judiciaire, principe de subsidiarité, liberté d’expression). De l’autre, il y a le droit d’ignorer l’état, le droit de concurrencer l’état et le droit de sécession illimité. Il semble relativement évident que le premier groupe de méthodes est plus doux, moins radical que le second. Il semble aussi évident qu’il n’a pas suffi.

Franklin D. Roosevelt a réussi à prohiber la consommation d’alcool sur le territoire américain, une réduction de la liberté individuelle que même le plus absolu des monarques, Louis XIV, n’aurait jamais osé contempler. Quand on se souvient que les hommes politiques d’il y a un siècle s’indignaient contre l’instauration de l’impôt sur le revenu parce qu’ils craignaient que l’état les augmente progressivement jusqu’à des taux (je cite) “confiscatoires de 3%, voire même 5%”, on se dit que les contribuables sont tombés bien bas. Au nom de toute une ribambelle de collectivismes, les attaques les plus virulentes contre la liberté ont été perpétrées.

Ce qui est tragique, et c’est la tragédie du libéralisme, ainsi que la tragédie de la civilisation occidentale, c’est que le premier groupe de méthodes, qui est le seul à avoir été mis en pratique à grande échelle à l’époque moderne, engendre les effets exactement inverses des objectifs qu’il s’est donnés.

C’est parce que les penseurs qui l’ont prôné ont oublié une caractéristique réelle de la nature humaine: la possibilité que les éléments les plus nombreux et les moins intelligents d’une foule puissent être manipulés par des opportunistes sans scrupules afin de commettre des actes immondes. C’est ce qu’on appelle le délire collectiviste ou la folie des masses. Cette tendance est réelle et universelle, et il est inutile d’essayer de nier son existence. Construire une théorie politique sans prendre en compte ce fait est suicidaire. Ce fut la tragédie du libéralisme jusqu’à Molinari. Cette erreur intellectuelle a jeté l’Occident dans une spirale infernale à laquelle il pourrait très bien ne pas survivre. Elle est capable de détruire mille ans de progrès et d’efforts cumulés.

En ouvrant la porte aux collectivismes, le libéralisme politique première mouture a pratiquement tué la civilisation qu’avait construite la monarchie. Seul le libéralisme politique à la sauce Molinari pourrait sauver cette civilisation, mais encore faudrait-il pour cela que ses idées aient un impact au-delà d’un cercle très restreint de philosophes honnêtes et lucides.

Or le seul fait qu’une théorie soit correcte ne garantit pas son acceptation immédiate. Ptolémée a dit que la terre était ronde dès l’Antiquité, et pourtant tout au long du Moyen-Age les gens ont continué de penser qu’elle était plate. C’est précisément parce que les idées de Molinari n’ont pas été mises en pratique que les collectivismes en tous genres ont réussi à faire du XXème siècle le plus sanglant de l’histoire de l’humanité, et de loin. Rappelons que 200 millions de personnes ont été tuées par leur propre gouvernement au XXème siècle. Les collectivismes ont d’ailleurs bien compris que leur survie dépendait de l’étouffement des idées libérales, donc ils ont sagement réinvesti l’argent des impôts dans la production d’usines à idées anti-libérales destinées à noyer le poisson et disséminer dans la population crédule les mythes collectivistes les plus mensongers. Ce sont les universités d’état, les média contrôlés plus ou moins directement par la pensée unique étatiste, et plus généralement tous les faiseurs d’opinion accrédités. Ils ont beau jeu, comme ils sont nourris en fin de compte par le budget de l’état, de discréditer toute pensée non conforme aux dogmes collectivistes du jour, y compris la pensée libérale, et surtout la théorie politique libérale correcte de Molinari.

Maintenant que les collectivistes ont arraché la civilisation occidentale aux mains des rois qui l’avaient construite grâce aux libéraux et à leur erreur politique initiale, ils ne la lâcheront que quand ils l’auront tuée. Comme ils vivent sur elle comme des parasites, ils suivront leur hôte dans la tombe, à moins qu’ils n’aient réussi d’ici là à contaminer une autre civilisation énergique, comme la civilisation islamique ou la civilisation chinoise.

Le collectivisme est le SIDA de la civilisation.

Voilà toute l’histoire de la civilisation occidentale. Dans ces conditions, son déclin et sa disparition sous le poids des collectivismes qu’elle a engendrés elle-même est inéluctable à court terme. Elle aura eu de beaux jours dont, on l’espère, les civilisations futures conserveront un peu le souvenir.

A suivre...

Déclinisme

Je voudrais remercier Nicolas de son excellent commentaire sur l'article où je vois un risque de faillite et de guerre civile dans le futur de la France. Il a stimulé ma réflexion, donc j'ai décidé de lui répondre par le présent article plutôt que par un commentaire lapidaire. Ignorant le nom de famille de cet internaute, je lui répondrai aussi sérieusement que si c'était Baverez ou Sarkozy.

Nicolas, notre divergence de vue n'est pas à l'échelle d'un ou même deux quinquennats, et ne concerne pas les possibilités de réforme ouvertes par l'élection de Nicolas Sarkozy. Nous sommes tous deux d'accord que l'état français n'est pas à sa place et qu'il est possible de l'y remettre comme cela a été fait au Royaume-Uni sous les gouvernements de droite de Margaret Thatcher puis John Major. Nous avons une bonne chance de faire revenir la France dans la moyenne européenne, ce qui arrêterait l'exil des jeunes Français qui veulent réussir vers Londres, et celui des vieux Français qui ont réussi vers Bruxelles. Ces réformes ne sont pas gagnées d'avance car les forces sclérosantes sont puissantes et bien organisées, et nul ne sait si le président Sarkozy aura suffisamment de volonté, de talent... et de chance (car il en faut!) pour les vaincre. Mais pour une fois je suis prêt à être optimiste, donc supposons que tout se passe comme nous le désirons tous deux.

Nicolas, notre divergence de vue porte sur ce qui se passera après. Vous, vous prédisez le début d'un cercle vertueux qui petit à petit tendra à éliminer tous les collectivismes forcés. Moi, je prédis un retour de balancier vers l’étatisme, et un retour à la tendance naturelle de l'interventionnisme, qui est d'étendre son champ d'action. Vous y voyez un espoir de résoudre les crises profondes engendrées par l'extension de l'état, j'y vois juste un moyen de retarder l'inévitable.

Pour bien recadrer les choses, le désaccord porte sur ce qui se passera dans 10 ans dans le cas hypothétique où le président Sarkozy tient ses promesses. C'est donc un débat assez philosophique... A moins d'avoir une boule de cristal, comment avoir une certitude? C'est aussi un débat assez éloigné des réalités présentes qui mettent la France en ébullition. On s'abstrait de la situation politique actuelle pour se projeter dans le futur conditionnel. Exercice périlleux s'il en est! Il faut une théorie de l'état, une théorie de l'histoire et une théorie de la démocratie pour raisonner à cet horizon-là. Il n'est même pas évident que ça soit bien utile ou urgent de trancher (en supposant que ça soit possible), puisqu'il y a des batailles immédiates à livrer pendant ce quinquennat.

Néanmoins je trouve ça intéressant, et je pense qu'un peu de réflexion fondamentale de temps en temps ne fait de mal à personne. Surtout quand ça touche à l'essence même de notre vision du monde.

Mes arguments sont:

  • Ce retour du balancier vers l'étatisme est exactement ce qui s'est passé au Royaume-Uni depuis que la gauche est revenue au pouvoir.
  • Tous les contre-pouvoirs autres que le chef de l'état (ou de gouvernement) sont structurellement biaisés en faveur de l'extension du rôle de l'état: journalistes, artistes, professeurs, fonctionnaires, assistés, partis politiques, syndicats, associations. Donc quand, par exceptionnel, la population excédée porte finalement au pouvoir un réformateur, il ne peut mettre en œuvre que des réformes à la marge qui remettent les contribuables au boulot, mais sans démolir les usines à gaz de l'étatisme. Par contre quand le chef de l'exécutif est un étatiste, ce qui est le plus fréquent, il a les mains libres pour augmenter l'interventionnisme tous azimuts.
  • En démocratie, le pouvoir politique n'a aucune incitation à résoudre les problèmes bien prévisibles qui balaieront le pays dans 20 ans. Pour peu que ces problèmes aient une grande force d'inertie, quand ces problèmes entreront dans le champ de vision des hommes politiques (mettons 5 ans avant la crise), il sera trop tard pour les résoudre. En Europe, je pense particulièrement aux problèmes de dette et de démographie. Aux Etats-Unis, il y a aussi le problème spécifique de leur armée qui est déployée partout dans le monde à grands frais pour supporter leur politique impérialiste.
  • L'histoire des démocraties occidentales depuis les années 1870 est celle de l'augmentation massive du pouvoir de l'état sur les individus, et il n'y a aucune raison que ce mouvement s'inverse de son propre chef autrement que de manière locale et temporaire.

Dans le cas de la France, ce que j'appelle "démolir les usines à gaz de l'étatisme", ce serait:
  1. ramener la part des dépenses publiques dans le P.I.B. du niveau actuel de 54% au niveau coréen qui est de 27%,
  2. confirmer la fin du monopole de la sécurité sociale inscrite dans les directives européennes,
  3. transformer le système de retraite par répartition en système par capitalisation comme au Chili,
  4. et mettre en place une politique d'immigration aussi stricte que celle de la Suisse.

Nous devrions être d'accord que ces quatre mesures seraient suffisantes pour désamorcer les deux bombes à mèche lente (endettement public et démographie) qui vont nous sauter à la figure dans à peu près vingt ans. Nous devrions être aussi d'accord que ces mesures ne sont pas politiquement réalisables par le président Sarkozy pendant ce quinquennat.

La question cruciale est: si le président Sarkozy réussit par ses réformes limitées à remettre les contribuables au boulot, cela créera-t-il un cercle vertueux qui aboutira à ces réformes? Nicolas, vous dites oui, et moi je dis non. A mon sens, l'effet net d'un quinquennat Sarkozy réussi sera principalement de réduire la pression réformatrice, de dégager des marges de manœuvre permettant de reprendre l'expansion de l'état, et d'éloigner la perception du danger.

Pour penser qu'il puisse en être autrement, il faudrait n'avoir pas intégré les leçons de la théorie des choix publics qui a valu à son fondateur James Buchanan le prix Nobel d'économie en 1986. Elle a démontré sans équivoque que l'être humain a le même comportement qu'il soit employé dans le secteur privé ou dans l'appareil d'état: dans un cas comme dans l'autre, il cherche à maximiser son avantage personnel. En particulier, l'idée selon laquelle les hommes d'état œuvrent pour l'intérêt général plutôt que pour leur intérêt personnel bien compris n'est qu'un mythe qu'ils propagent eux-mêmes.

D'où le retour de balancier que je prédis après, au moment précis où il faudrait poursuivre dans la voie de la réduction des interventionnismes pour enfin démolir les vraies usines à gaz. C'est pour cela que, même si le 6 mai m'a donné envie d'être relativement optimiste à court terme, je suis quand même décliniste à moyen terme pour la France et plus généralement pour l'ensemble des démocraties occidentales.

Quant au scénario particulier de la faillite, d'autres jouent de la boule de cristal mieux que moi, citons par exemple Philippe Jaffré et Philippe Riès dans leur livre Le jour où la France a fait faillite. Pour le scénario de la guerre civile, il y a un article en deux parties qui ne transpire pas la tolérance, c'est le moins qu'on puisse dire, mais qui est néanmoins bien argumenté. Pour la faillite et la guerre civile, il y a cet article écrit par quelqu'un qui a beaucoup lutté contre le monopole de la sécurité sociale.

Bien sûr ces scénarios-catastrophes présupposent que les dirigeants politiques seront incapables d'un sursaut avant que le point de non-retour ne soit atteint, et c'est plutôt à ce niveau-là que j'ai essayé de situer notre débat. Parler ainsi peut sembler paradoxal, au moment précis où 85% des inscrits ont donné un mandat clair de réforme à un homme de droite particulièrement énergique, mais je n'ai jamais craint de ne pas être à la mode.

Le thème de la faillite et celui de la guerre civile se rejoignent autour du dernier espoir auquel s'accrochent les élites au pouvoir: "les immigrés paieront nos retraites". Cette théorie a été définitivement discréditée par Martin Feldstein, professeur d'économie à Harvard. Ceci est pour moi le dernier clou dans le cercueil de la démocratie sociale en Europe, mais il faudra encore 20 ans pour que l'homme de la rue s'en rende compte.

D'ailleurs je vois dans la progression fulgurante des assauts contre des libertés individuelles qu'on croyait acquises depuis plusieurs siècles: caméras de surveillance, fichiers informatiques, lois contre la liberté d'expression, criminalisation des opinions dites "de discrimination", aussi bien au Royaume-Uni qu'aux Etats-Unis, en France et partout ailleurs en Europe, la preuve que les élites sentent bien que la situation risque de s'envenimer et qu'elles ont intérêt à renforcer leur arsenal répressif en prévision de la lutte à mort qu'elles auront à mener contre leurs propres contribuables.

Au début, j'étais un décliniste au premier degré, c'est-à-dire que je pensais que la France avait juste besoin d'une cure de thatchérisme. Puis je me suis demandé comment une démocratie avait réussi à créer tant d'étatisme, alors que c'est si clairement nuisible au pays. J'ai alors découvert une théorie de l'état selon laquelle l'interventionnisme partiel génère toujours plus d'interventionnisme, et une théorie de la démocratie selon laquelle ce régime sacrifie le producteur pour le non-producteur et le long terme pour le court terme. J'ai trouvé que c'était intellectuellement solide et que ça expliquait bien le monde tel que je le connaissais. Je suis alors devenu décliniste au second degré, c'est-à-dire que je pense que la démocratie sociale est destinée à disparaître à moyen terme aussi sûrement que l'était le communisme. Ce blog en général, et cet article en particulier, est simplement un effort pour traduire en termes concrets et actuels ces théories.

Pour moi, la solution ne peut passer que par un retour aux idéaux de la philosophie des Lumières, qui a découvert que chaque individu possède trois droits naturels antérieurs à toute loi politique: la vie, la liberté et la propriété. A mon avis, la république une et indivisible où les dirigeants politiques sont désignés à la majorité par le suffrage universel est une bien piètre traduction de ces idéaux. Le consentement à l'état, l'unanimité dans les décisions collectives, qui découlent pourtant des droits naturels, sont absents de la pratique démocratique actuelle. Concrètement, pour mettre en œuvre les idéaux de la philosophie des Lumières, il faudrait reconnaître à chacun le droit d'ignorer l'état ainsi que le droit de concurrencer l'état. En effet cela garantirait que l'état ne puisse pas violer les droits naturels des individus, car ceux qui ne sont pas satisfaits pourraient toujours ignorer l'état et s'organiser autrement. Ceci impliquerait en particulier un droit de sécession illimité. Il me semble que, si nous préparons le terrain intellectuel dès aujourd'hui, c'est le genre de régime qui pourra naître de la crise des années 2030, car tous les autres auront été essayés et discrédités. Ambitieux, je sais. Alors joignez-vous à nous, on ne sera pas de trop pour faire triompher la cause de la liberté.

A suivre...

Au-delà du droit de vote

Depuis la nuit des temps le problème central de la politique a toujours été: comment protéger le peuple des abus de pouvoir de ceux qui commandent la machine étatique?

La démocratie, qui s'est propagée à travers le monde occidental de 1789 à 1918, est une tentative de résoudre ce problème en organisant à intervalles réguliers des élections où la majorité des votants peut choisir un parti parmi plusieurs pour lui confier temporairement les rênes de l'état. L'augmentation explosive du pouvoir de l'état sur ses citoyens depuis le début du XXème siècle, avec entre autres l'introduction de l'impôt sur le revenu, la croissance sans fin des dépenses publiques et du nombre de fonctionnaires, la généralisation de l'interdiction du port d'armes, l'interdiction de consommer certaines substances et finalement les lois liberticides qui ont mis tous nos comportements sous haute surveillance dans la foulée du 11 septembre, indique que cette solution n'était peut-être pas suffisante. L'heure est donc venue à nouveau de renforcer le pouvoir du peuple vis-à-vis de celui de l'état, ce qui est conforme à l'esprit de la démocratie définie comme le "gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple", mais non à sa pratique actuelle.

Il est temps de penser de manière plus hardie et d'introduire de nouvelles propositions dans le débat politique qui, bien qu'elles puissent sembler révolutionaires aujourd'hui, un jour seront peut-être aussi communément admises que l'idée d'organiser des élections libres pour désigner les chefs d'état ou de gouvernement. Quels droits sont plus efficaces pour le contrôle du gouvernement par le peuple que le droit de vote? Il y en a exactement deux.

Commençons par remarquer que la mission du gouvernement est de fournir certains services à ses administrés. Sinon ça ne servirait à rien d'avoir un gouvernement... Les problèmes surgissent uniquement quand un administré n'est pas satisfait de certains de ces services.

Le premier droit est pour chaque administré de se désabonner des services fournis par le gouvernement qui ne le satisfont pas. L'état ne doit pas pouvoir forcer une personne à se procurer tel ou tel service exclusivement auprès de lui. Si quelqu'un veut ignorer tout ou partie du bouquet de services fournis par l'état, c'est son droit le plus strict. Au nom de quoi l'état obligerait-il tout le monde à utiliser tous les services qu'il propose? Ce serait la porte ouverte aux pires abus. Ce serait à l'avantage personnel des agents de l'état, surtout ceux tout en haut de la hiérarchie, mais non celui des citoyens. Il faut donc garantir le droit de toute personne de se passer de certains services proposés par l'état. Ceci implique, bien sûr, le droit de ne pas payer le prix pour les services ainsi refusés. Il est inique de forcer quelqu'un à payer des impôts pour des services auxquels il a décidé de ne pas souscrire.

Notons bien que tous les services fournis par l'état sont concernés par ce droit, sans aucune exception. Cela inclut par exemple les services de police: si on ne veut pas être protégé par le commissariat du quartier, on n'a pas besoin de payer les impôts qui financent le budget de la police. Les implications de ce droit sont profondes et révolutionnaires, mais c'est seulement à ce prix que le peuple rependra le contrôle de la machine étatique qui s'est emballée en dépit du rituel des élections.

Le deuxième droit est complémentaire du premier: c'est le droit de proposer aux citoyens des services en concurrence avec ceux proposés par l'état. En effet, si on veut donner aux gens le droit de refuser certains services proposés par l'état, il faut bien qu'ils puissent se fournir ailleurs. Ceci implique que l'état n'a pas le droit de s'arroger le monopole de quoi que ce soit, et n'a pas le droit de recourir à la force pour éliminer ses concurrents potentiels. Sinon, bien sûr, ce serait la porte ouverte à tous les abus. Avec une clientèle captive, l'état serait libre d'augmenter le prix de ses services et d'en réduire la qualité et la quantité autant qu'il veut. Là encore, on voit pourquoi ce serait à l'avantage de l'état, mais pas celui du peuple. Or d'où l'état tire-t-il sa légitimité sinon du peuple? Ne déclame-t-il pas à tout bout de champ être au service du peuple? Il serait temps d'exiger qu'il le soit vraiment.

Si quelqu'un veut monter une compagnie de sécurité pour protéger les gens qui ont choisi de se désabonner des services de police fournis par l'état, c'est son droit le plus strict. Il faudra, bien sûr, qu'il arme ses employés de pistolets et de fusils pour pouvoir remplir sa mission, et l'état n'a pas le droit de l'en empêcher car ce serait porter atteinte au droit de compétition.

Voilà les deux droits fondamentaux qui, plus efficacement que le droit de vote, rééquilibreront de manière décisive le pouvoir de l'état vers le peuple: le droit d'ignorer l'état et le droit de concurrencer l'état. Nul ne peut douter que la reconnaissance généralisée de ces deux droits, concernant toutes les prestations fournies par l'état sans exception aucune, constituera un magnifique progrès qui bénéficiera à l'humanité toute entière, comme le droit de vote en son temps.

Il est grand temps de s'organiser pour réclamer ces droits et les reprendre aux agents du gouvernement qui, eux, motivés par leur petit intérêt égoïste, les contesteront.

A l'origine ces deux droits sont des droits individuels. Néanmoins ils peuvent aussi être exercés collectivement si la structure de décision communautaire s'y prête. Par exemple aux Etats-Unis l'état du Vermont, foncièrement pacifiste, pourrait très bien refuser la requête du gouvernement fédéral de financer la guerre en Irak, au nom du droit d'ignorer l'état. En France le département de la Vendée, profondément chrétien, pourrait très bien décider d'ignorer la loi Veil légalisant l'avortement. D'ailleurs c'est ce qu'a fait la Polynésie Française pendant une trentaine d'années. On voit mal pourquoi la Vendée aurait moins de droits que Tahiti.

Le droit d'ignorer l'état et le droit de concurrencer l'état, pris ensemble et appliqués au niveau collectif, donnent un droit de sécession illimité à toute collectivité territoriale. Si une région veut ignorer Paris et fournir tous les services de gouvernement à sa population, c'est son droit le plus strict. Elle acquiert ainsi son indépendance. Si un département ou une commune veut faire sécession, c'est exactement pareil. C'est une autre illustration de l'ampleur des changements que ces deux droits entraîneront dans l'organisation sociale.

L'effet le plus net de cette révolution sera de renforcer le consentement de chaque citoyen à l'autorité dont il dépend. En effet le consentement est d'autant plus clair que chacun a le droit de ne pas consentir et de s'arranger autrement. Donc si on reste c'est qu'on consent vraiment, pas avec un revolver sur la tempe comme maintenant. On choisira de rester dans une structure collective si et seulement si les bénéfices attendus valent le coup par rapport aux contraintes que ça implique, règlements et impôts compris. Cette révolution renforcera le consentement des citoyens à l'autorité exactement comme l'instauration du droit de vote l'avait fait lors de l'abolition de la monarchie de droit divin, ce qui sera une très bonne chose pour tout le monde, même les agents de l'état.

A suivre...

L'impôt, c'est du vol

Depuis que j'ai commencé d'étudier certaines questions de philosophie, de politique et d'économie, j'ai acquis la conviction que l'impôt, c'est du vol. Révolutionnaire? Absolument, puisque cette formule a été déclamée par un député français à la tribune de l'Assemblée en 1789.

La définition du vol, selon les dictionnaires, c'est de s'emparer de ce qui appartient à autrui sans son consentement, en le menaçant de violences physiques s'il resiste. Le percepteur ponctionne l'argent que j'ai gagné sans me demander ma permission et, si je refuse d'acquitter l'impôt, les gendarmes me jetteront en prison. Donc ceci constitue bel et bien du vol.

Les âmes bien-pensantes choquées par cette affirmation produisent des contre-arguments qu'on peut classer en un petit nombre de catégories, et que je vais réfuter en commençant par celle-ci.

Tu dis ça parce que, égoïstement, tu veux payer moins d'impôts.

Mes circonstances personnelles n'ont rien à voir avec la vérité ou la fausseté de mon propos. Attaquer l'homme parce qu'on ne sait pas réfuter ses arguments est un sophisme ad hominem, on le sait bien depuis le livre La rhétorique écrit par Aristote en 350 av. J.-C.

Ce type de sophisme, complètement dénué de valeur logique, a été employé à grande échelle par Karl Marx dans son Manifeste du Parti Communiste de 1848. Se sachant parfaitement incapable de contredire sur le plan scientifique les économistes libéraux de son époque qui avaient prouvé que le communisme ne marcherait pas, Marx les traita d'économistes "bourgeois" suppôts du capitalisme. Bien sûr cela n'enlevait rien au fait que ces économistes libéraux avaient raison et que Marx avait tort, comme l'effondrement de l'Union Soviétique l'a montré aux derniers sceptiques en 1989.

Céder au sophisme ad hominem, c'est avouer qu'on est incapable d'évaluer par soi même le caractère vrai ou faux d'une proposition. Dans le cas d'une proposition aussi concise, et exprimée par des mots aussi simples, que "l'impôt, c'est du vol", c'est grave. Il est vrai que l'éducation nationale (financée par l'argent volé) et la soi-disant culture moderne ont émoussé l'esprit critique des gens, et les ont privés des outils intellectuels nécessaires pour pouvoir réfléchir aux questions fondamentales qui les touchent de plus près autrement qu'en annonnant des clichés. Je dis ça en général, il y a au moins une exception.

Si on acceptait le sophisme ad hominem, alors il faudrait rire au nez de tous les politiciens qui veulent "faire du social", puisque bien évidemment ce "social" va être administré par eux-mêmes, ce qui leur assurera voiture et appartement de fonction, le droit de puiser dans un gros budget, et le pouvoir de récompenser leurs fidèles lieutenants par de bons postes.

Le sophisme ad hominem porte en lui le conflit: le politicien veut créer des impôts (c'est "sa" vérité puisqu'il en bénéficie) et le contribuable veut les abolir (c'est "sa" vérité puisqu'il en pâtit). Si on ne veut pas affirmer qu'un point de vue est supérieur à l'autre, comme ils sont mutuellement incompatibles, c'est la loi du plus fort qui prévaudra. Autant nier que le vrai est différent du faux, que le bien est différent du mal, et que l'homme peut distinguer l'un de l'autre par l'exercice de sa raison. Autant arrêter de discuter tout de suite et redevenir ce que nous étions: des bêtes sauvages.

Finalement, quand bien même mes actions seraient égoïstes, cela n'implique en rien qu'elles nuisent aux autres hommes. Cette manière de penser n'est correcte que dans un jeu à somme nulle où A arrache quelque chose à B par la force, donc la situation de A s'améliore à mesure que celle de B empire. Or la vie, ça n'est pas comme ça. Il n'y a que les voleurs qui pensent comme ça.

Dans un monde où le vol est puni, les seuls échanges qui ont lieu sont ceux qui sont volontaires, ce qui prouve bien qu'ils bénéficient aux deux parties, car sinon l'une des deux retirerait son consentement. A partir de cette simple observation, Adam Smith a prouvé que même quelqu'un qui poursuit un but égoïste dans une économie de marché, en fait, agit d'une manière qui bénéficie à tous les autres membres de la société. Quand Thomas Edison a inventé l'ampoule électrique pour faire fortune, l'humanité est sortie des ténèbres. Dans une société de libre échange, la taille de la fortune qu'on amasse est même proportionnelle à l'ampleur des services qu'on a rendus aux autres. En effet les gens ne consentent à devenir vos clients que si les services que vous leur rendez ont plus de valeur pour eux que la quantité d'argent que vous demandez en paiement.

Par contre ceux qui disent être généreux, qui disent vouloir améliorer le sort des autres, ne créent que chaos et malheur car, endormant la vigilance des populations par leurs discours pseudo-moralisateurs, ils interviennent, forcent, redistribuent. Ce sont souvent des politiciens. C'est facile d'être généreux avec l'argent des autres. A chaque fois qu'ils empêchent une personne de jouir comme bon lui semble de sa propriété, qu'ils empêchent deux personnes de procéder à un échange mutuellement profitable, ou au contraire les forcent à procéder à un échange qui n'aurait pas eu lieu spontanément, ils tuent la liberté, rabaissent l 'homme au rang d'esclave et sèment les graines de la discorde. Ce sont eux les vrais ennemis de l 'humanité, alors de grâce qu'on ne reproche à personne d'être égoïste.

C'est la volonté de la majorité

Avant Galilée, la majorité pensait que le soleil tournait autour de la terre, et ça n'était pas vrai pour autant. Quand Ponce-Pilate demanda à la population de Jérusalem de choisir entre gracier Jésus-Christ ou le meurtrier notoire Barrabas, la majorité choisit de gracier Barrabas. Ça ne veut pas dire que c'était juste pour autant.

Mettons que je me fasse accoster par deux loubards qui, sous la menace d'un couteau, me demandent mon portefeuille. Si, avant de s'en emparer, ils organisent un vote où eux deux votent pour me dévaliser et je vote contre, ce souci procédural ne rend pas leur acte moins répréhensible. Si la majorité des Français un jour vote pour exterminer tous les rouquins, ça ne justifiera pas le massacre pour autant. Si 51 % des Français votent pour voler leur argent à 1 % de la population, c'est toujours du vol.

Mon voisin n'a pas le droit de venir chez moi prendre mon argent par la force. Il n'a pas non plus le droit de me prendre comme son esclave du 1er janvier au 15 juillet de chaque année, même s'il me libère du 16 juillet (jour de la libération fiscale) au 31 décembre. Si au lieu d'un voisin il y en a deux qui essaient de faire ça, leur nombre supérieur ne rend pas leur agression plus légitime. Qu'il y en ait dix, cent ou 20 millions, c'est exactement pareil. Les droits d'un groupe sont la somme des droits individuels possédés par ses membres. Donc aucun groupe ne peut se prévaloir de droits qu'aucun de ses membres, pris individuellement, ne possède. C'est pourquoi la majorité des électeurs Français n'a pas plus le droit que mon voisin de me voler mon argent ou de me réduire en esclavage.

Que les décideurs politiques soient élus démocratiquement ou non compte bien moins que les principes auxquels ils adhèrent. Par exemple Louis XVI, qui ne fut pas élu démocratiquement, considérait qu'il était obligé de conserver le droit naturel de ses sujets à la propriété. Alors que la structure actuelle de l'impôt sur la fortune peut forcer un Français ayant peu de revenus à vendre son domaine afin d'acquitter cet impôt. On pense à l'île de Ré. Le fait que ceci constitue une violation du droit de propriété est indéniable, et a été reconnu comme tel par la Cour Suprême allemande, qui en a profité pour supprimer l'impôt sur la fortune. Malheureusement les dirigeants démocratiquement élus par le peuple Français ne se considèrent pas, eux, obligés de conserver le droit naturel de leurs administrés à la propriété.

Enfin il faut se demander: quelle majorité? J'ai une dizaine d'amis qui pensent comme moi que l'impôt, c'est du vol. Si nous votons à onze sur la suppression de tous les impôts, l'unanimité se fera pour. Pourquoi est-ce que le vote de 44 millions de Français aurait un statut plus spécial que celui de mes dix amis, ou celui de 200 millions d'Européens? Or les Européens dans leur majorité sont favorables à une pression fiscale plus basse que celle qu'on subit en France actuellement, puisque la France se situe nettement au-dessus de la moyenne Européenne. Y a-t-il quelque chose de magique dans les frontières actuelles de la France qui fait que la volonté la majorité de ceux qui y sont nés doit toujours être appliquée, mais la volonté de la majorité d'un ensemble de population plus petit ou plus large n'a aucune importance? Rappelons-nous comment ces frontières ont été tracées et fixées: par les épées, les fusils et le meurtre à grande échelle. Cette histoire sanglante n'est pas de nature à leur conférer un degré de légitimité morale particulièrement haut, puisqu'elles ne sont en définitive que l'expression de la loi du plus fort.

A suivre...

Sarko contre Ségo

Au deuxième tour des élections présidentielles s'affrontent deux démocrates sociaux de tendances légèrement différentes mais fondamentalement d'accord sur la primauté du rôle de l'Etat. Tous les membres de l'establishment, à commencer par les journalistes de télévision, se sont visiblement réjouis du résultat du premier tour des élections présidentielles. Bientôt des millions de Français, pénétrés de leur importance, vont docilement se rendre aux urnes pour choisir l'heureux élu parmi ces deux pantins. Tout cela semble fort éloigné de l'oppression communiste qui sévissait dans l'ex-URSS jusqu'à l'effondrement du Mur de Berlin et dans la Chine de Mao. Mais n'est-ce qu'une illusion? Relisons un extrait d'un article publié par Murray Rothbard en 1992 à ce sujet.

L'utopie de la marche en avant de l'Histoire, objectif des démocrates sociaux, est similaire, mais pas complètement identique, à celle des Communistes. Pour les Communistes, les objectifs étaient la nationalisation des moyens de production, l'élimination de la classe des capitalistes et l'arrivée au pouvoir du prolétariat. Les démocrates sociaux se rendent compte qu'il vaut bien mieux que l'Etat socialiste conserve les capitalistes et une économie de marché tronquée qui soit régulée, limitée, contrôlée et soumise aux ordres de l'Etat. Le but de la démocratie sociale n'est pas la «guerre des classes», mais une sorte d'«harmonie des classes» dans laquelle les capitalistes et le marché sont forcés de travailler comme des esclaves pour le bien de la «société», et de ce parasite qu'est l'appareil d'Etat.

Les Communistes voulaient une dictature du parti unique où tous les dissidents seraient éliminés ou enfermés au Goulag. Les démocrates sociaux préfèrent de loin une dictature «douce», ce que Marcuse a appelé, dans un autre contexte, la «tolérance répressive», avec un système à deux partis où les deux partis sont d'accord sur tous les points fondamentaux et s'affrontent poliment sur des détails mineurs. («Faut-il augmenter les impôts de 5% ou de 7% cette année?») La liberté d'expression et de la presse seront tolérées par les démocrates sociaux, mais là encore tant qu'elles se limitent à des débats mineurs et triviaux. Les démocrates sociaux sont effarouchés devant la brutalité nue du Goulag; ce qu'ils préfèrent est d'envoyer les dissidents subir la dictature «douce», «thérapeutique» des «stages de sensibilisation» et les «éduquer à respecter la dignité des modes de vie alternatifs». Autrement dit: Brave New World au lieu de 1984. La «marche en avant de la démocratie» plutôt que la «dictature du prolétariat».

Je trouve que ça va comme un gant à Sarko et Ségo.

A suivre...

La Révolution Locale

La France va mal: manque de confiance des citoyens envers leurs élites, interventionnisme étatique à tout-va, fossé qui se creuse entre différents camps politiques que tout oppose. Le temps est venu de faire une révolution. Une révolution fondamentalement pacifique qui remettra le pouvoir à la place qu'il n'aurait jamais dû quitter: auprès du peuple.

Ensemble réclamons que tout le pouvoir politique soit transféré immédiatement à l'échelon de la commune. Pourquoi la commune? Parce que c'est l'unité territoriale la plus proche des citoyens. Il est mille fois plus facile d'influer sur les décisions du conseil municipal de sa commune que sur les armées de politiciens corrompus et de technocrates anonymes cachés dans leurs palais de Paris ou de Bruxelles.

Le pouvoir de lever des impôts, le pouvoir de frapper monnaie, les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, le pouvoir de police et l'usage de la force armée doivent être immédiatement confiés aux communes. La diplomatie, la politique d'immigration, la politique sociale de redistribution des richesses produites aussi.

Toute action ou coordination aux échelons supérieurs, c'est-à-dire engageant plus d'une commune, doit être soumise au consentement explicite, unanime et régulièrement renouvelé de toutes les communes concernées. Toute commune qui veut cesser de participer doit pouvoir le faire immédiatement et sans subir de préjudices.

La France doit devenir la Confédération des Communes Souveraines (CCS). La liberté pour les communes de s'associer entre elles pour certains projets ou dans certains domaines implique aussi la liberté de se désassocier. Le premier droit de chaque commune est donc le droit de faire sécession de la CCS. Toute tentative de limiter le droit de sécession serait une atteinte inacceptable à la souveraineté de la commune.

Notre slogan: "Le pouvoir près de chez vous".

Le Général de Gaulle, pourtant partisan de la république une et indivisible, mais qui aimait et comprenait la France, a dit: "Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 246 variétés de fromage ?" Il est grand temps que chaque commune productrice de fromage (ou de quoi que ce soit d'autre) se gouverne elle-même.

La démocratie c'est toujours la dictature de la majorité sur la minorité. La minorité ne peut que se plier aux exigences de la majorité, même si elles sont injustes, ou partir. Actuellement, si on se sent minoritaire, partir pour être gouverné autrement requiert déménager de 500 kilomètres, peut-être apprendre une autre langue, ne plus voir sa famille, ses amis, les lieux qu'on aime, qu'à l'occasion de vacances toujours trop courtes ou sur des photos, et changer d'employeur. Dans la CCS, partir pour être gouverné autrement voudra simplement dire changer de commune, c'est-à-dire déménager de 5 kilomètres, continuer de parler français, rester assez proche de sa famille, de ses amis, des lieux qu'on aime pour pouvoir les voir tous les soirs en revenant du travail, et garder le même employeur. Ceci constituera la meilleure garantie que les minorités ne puissent jamais être exploitées par la majorité.

La révolution française a permis aux majorités de voter avec les bulletins de vote, la révolution locale permettra aux minorités de voter avec les pieds.

Aucune commune ou alliance de communes n'aura le droit d'envahir une autre commune par la force, de l'agresser, d'intervenir physiquement sur son territoire, même au nom de la communauté, de la justice, de la liberté, de l'égalité ou de toute autre abstraction. En cas d'invasion, la commune envahie aura le droit de recourir à la force pour se défendre contre la commune ayant initié l'agression et pour obtenir réparation du préjudice subi ainsi qu'une compensation proportionnée à l'offense.

Les différends entre communes pourront être réglés par n'importe quel organisme de médiation mutuellement acceptable. Ni la Confédération, ni aucune autre institution ou personne, ne peut détenir le monopole de la résolution des conflits et exiger que toutes les disputes lui soient confiées. En cas de désaccord entre communes, la règle d'or est que chaque commune a tous les droits sur le territoire dont elle est propriétaire, et n'a aucun droit sur le territoire des autres communes. Les titres de propriété de la commune sur son territoire, les biens qui s'y trouvent et ceux qu'elle y a produits sont définis de manière objective et ne garantissent en rien la valeur de ces propriétés. Cette disposition est nécessaire, puisque la valeur de quelque chose est une variable qui fluctue dans le temps et dépend des préférences subjective des acheteurs et des vendeurs.

Vive la Confédération des Communes Souveraines! Vive la Révolution Locale!

A suivre...

Les Douze Commandements

  1. La liberté est le droit de disposer à sa guise de la propriété que l'on possède légitimement.
  2. Il n'existe d'autres droits que ceux qui découlent du droit de propriété.
  3. Seul un être humain peut détenir un droit de propriété, une association étant seulement dépositaire des droits que ses membres consentent explicitement à lui déléguer.
  4. Les droits de propriété se définissent en termes objectifs et non en termes de valeur.

  5. Chaque individu est le propriétaire exclusif de son corps.
  6. Chaque individu a le droit de s'approprier les ressources qui n'ont été préalablement appropriées par personne, en y mêlant son travail.
  7. Un titre de propriété est contractuellement transférable par consentement mutuel.
  8. Aucune personne ni association de personnes n'est au-dessus de cette loi universelle.

  9. Envahir l'intégrité physique de la propriété légitime d'autrui sans son consentement explicite constitue une agression illégitime.
  10. La fraude est un vol, qui est une agression.
  11. La menace immédiate, directe et tangible d'une agression constitue aussi une agression.
  12. La propriété conquise par agression doit être restituée à son propriétaire légitime, et l'agresseur peut être puni de manière proportionnelle.
A suivre...

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