Protéger les naïfs : est-ce désirable ?

Dans le cadre de ma série sur le rôle régulateur de l'état, je me demande ici s'il est désirable de protéger les faibles, les naïfs, ceux qui n'ont pas le savoir, l'éducation, ou la maîtrise nécessaire de la complexité de notre société.

Une interdiction imposée par l’état frapperait tous les clients potentiels. Vue la diversité humaine, certains achetaient le produit ou le service pour de « bonnes » raisons, et d’autres pour de « mauvaises » raisons (en supposant qu’on soit assez omniscient pour pouvoir distinguer, assez arrogant pour être sûr de son jugement, et assez violent pour l’imposer par la force). Au nom de quoi sacrifie-t-on celui qui aurait bénéficié de l’achat pour « sauver » celui qui aurait fait l’achat pour de « mauvaises » raisons ? N’est-il pas immoral de pénaliser celui qui a assez de jugement pour prendre les « bonnes » décisions et de récompenser celui qui ne s’est pas donné la peine de réfléchir avant de dégainer son porte-monnaie ?

Si l’état pénalise un comportement et récompense un autre, fatalement le comportement pénalisé se fera plus rare, et celui récompensé plus fréquent. On aura donc une société où les gens perdront l’habitude de réfléchir par eux-mêmes, et prendront l’habitude de s’en remettre à l’état pour tout. On voit bien ce en quoi cela bénéficierait à l’état en tant qu’institution, mais on voit mal en quoi cela concourrait au progrès de la civilisation et serait dans l’intérêt de l’humanité.

Ce qui est désirable sur le plan éthique, c’est que chaque adulte soit responsable des décisions qu’il prend. Car si lui n’en est pas responsable, au nom de quoi un autre le serait-il ? Toute atteinte à la notion de responsabilité est profondément déshumanisante, infantilisante et humiliante. Si on traite les gens ainsi, il ne faut pas s'étonner qu'ils se comportent en animaux prisonniers de leurs plus bas instincts, en éternels adolescents insatisfaits, et en mendiants professionnels. Mais peut-être est-ce là le but recherché par nos chers dirigeants? Car une telle masse informe, incapable de volonté à long terme, est tellement plus facile à mener à la baguette avec du pain et des jeux...

Comptons les contents et les mécontents d’une telle interdiction soi-disant protectrice:

  • Celui qui achetait le produit pour de bonnes raisons est mécontent.

  • Le marchand qui vendait le produit est mécontent.

  • Celui qui achetait le produit pour de « mauvaises » raisons est perdant aussi, parce qu’il est persuadé au moment de l’achat que cet achat était dans son intérêt personnel ; on ne l’a pas convaincu qu’il avait tort, on l’a juste forcé à ne pas faire ce qu’il voulait ; donc il n’est pas content.

  • Le fonctionnaire qui a imposé l’interdiction est content, parce que cela justifie son salaire.

  • Le contribuable qui paie le salaire du fonctionnaire n’est pas content.

On le voit, cette interdiction ne bénéficie qu’à l’état, et aucunement au peuple que l’état est censé servir. La vérité est que l’état est à son propre service. Il produit des interdictions arbitraires pour scinder le peuple qu’il contrôle en groupes d’intérêts opposés (selon le vieux principe : diviser pour mieux régner), et réinvestit ses bénéfices dans une propagande massive pour déguiser sa forfaiture.

2 commentaires:

Nicolas a dit…

Vous prenez là un cas extrême, et même le consommateur " intelligent " peut trouver son compte à une interdiction. Elle peut sauver des vies, et surtout être plus tranquille. Je pense surtout aux interdictions qui touchent des substances. Regardez tous les produits que nous consomons, même sans être un grand acheteur. N'avez-vous pas l'esprit tranquille ? Si l'on devait vérifier avant chaque achat tous les composants d'un produit, tous les connaitres pour déceler ceux qui sont toxiques de ceux qui ne le sont pas et les autres, ce serait un maux de tête garantie (et on ne pourrait peut-être même plus prendre une l'aspirine pour le coup...). Et encore, il faudrait pour cela que vous obteniez les informations, ce qui est aujourd'hui obligé par l'Etat. On ne peut évidement pas atteindre l'information et la transparence parfaites, mais il est plus tranquille de savoir qu'une commission d'expert à étudier le produit au préalable - d'un point de vue pratique en tout cas.
On peut bien sur imaginer des associations de consommateurs testant les produits, mais d'une part le poids serait inégale, d'autre part elles ne pourraient prévenir qu'après la mise en vente d'un produit, donc trop tard. Enfin l'Etat apporte un certain gage de neutralité en rendant public ses rapports.

Gallatin a dit…

Nicolas:

Vous pensez qu'une certification des produits et des substances par un groupe d'experts ayant la réputation d'être indépendants de la pression des vendeurs est un service utile aux consommateurs.

Peut-être bien que oui, peut-être bien que non, comme on dit en Normandie. Peut-être que pour certaines catégories de produits, c'est une nécessité, et qu'il faut cent experts à plein temps pour analyser la composition chimique des produits. Peut-être que dans une autre catégorie, la réputation du marchand suffit à inspirer confiance, ou que l'acheteur est capable de détecter la qualité dès le premier coup d'œil. Dans ce cas-là les 100 experts en question seraient mieux employés à faire autre chose.

Comment savoir? En demandant aux consommateurs eux-mêmes de décider. S'ils sont prêts à payer un tarif suffisant à l'agence de certification pour que celle-ci embauche des experts capables de trouver un travail bien rémunéré ailleurs, alors cela prouve que la société avait besoin d'un tel service. Si les acheteurs ne paient pas assez pour cette information, alors c'est qu'une agence de certification n'a aucune raison d'être.

C'est pour cela que le marché libre produira exactement autant d'agences indépendantes de certification que nécessaire, pas plus, pas moins, et les emploiera exactement aux activités où elles fournissent un service de valeur.

Quand l'état monopolise cette activité, et la finance par de l'argent volé (ce qu'on appelle communément les impôts), alors il n'existe plus aucun moyen de savoir si le service de certification correspond bien à la demande, et on assiste au plus horrible gâchis.

Gallatin.

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