Avoir des convictions

Eh oui, je crois à quelque chose. Ce n'est pas à la mode ces temps-ci. Il est de bon ton de prôner un relativisme systématique. Toute croyance un peu robuste est représentée comme une sorte d'oppression intellectuelle.

Et pourtant, croire au principe qu'on ne doit plus croire en rien, c'est déjà une croyance en soi. Un peu contradictoire, non? Les vrais oppresseurs intellectuels sont ceux qui démolissent toutes les croyances des autres au nom de ce principe absolu. Je ne leur accorde donc aucune attention.

Je crois que le bien et le mal existent, le vrai et le faux, le juste et l'injuste. Je crois aussi qu'on peut les distinguer par l'exercice de la raison, apprendre quelles actions mènent à l'un et à l'autre, et en convaincre ses voisins par l'exercice de la parole. Enfin je crois qu'il sera possible et nécessaire à terme d'ostraciser ceux qui refusent sciemment de se laisser convaincre, de les mettre hors-jeu, de les exclure aussi longtemps qu'ils persisteront dans leurs erreurs. Il est désagréable et dangereux de fréquenter le mal, le faux et l'injuste.

Si j'aspire à une certaine universalité, cela me contraint à croire en peu de choses. Il faut que ces choses s'appliquent tout autant à un Papou qu'à moi. Plus le programme est minimal, plus il sera à même de se diffuser. Il serait ridicule que j'essaie de convaincre tout le monde que le sexe des anges est masculin. Je me réduis donc à croire à quelques axiomes de base sur la condition et l'expérience humaine que les gens auront bien du mal à réfuter.

Mon approche est normative plutôt que positive. Le positivisme fonctionne bien dans les sciences de la nature, car la nature se prête à des expériences multiples et répétées. Ces expériences permettent de construire une théorie testable par d'autres expériences. Tôt ou tard, l'une de ces expériences réfutera la théorie. Alors il faudra en construire une nouvelle, et ainsi de suite.

Dans les sciences sociales, humaines et morales, cette approche ne fonctionne pas. L'homme ne se prête pas à l'expérience parce qu'il a un libre-arbitre. Mettez-le dans la même situation deux fois de suite, et il peut très bien décider de réagir d'une certaine manière la première fois, et d'une manière complètement différente la seconde. Rien que pour vous embêter.

Vouloir importer les méthodes positivistes dans les sciences humaines, c'est considérer les hommes comme des électrons. Il faut donc procéder de manière opposée et fonder une théorie normative précisément sur le fait que l'homme possède le libre-arbitre. Même les Papous seront d'accord qu'un être humain est capable de choisir délibérément ses actions.

4 commentaires:

Emmanuel a dit…

Bonjour Gallatin.

J'ai lu avec intérêt et plaisir votre billet.

Je crois fermement que la plupart d'entre nous ne peuvent pas choisir délibérément leurs actions.

Je crois que nous avons *besoin* de convictions pour nous rassurer, pour nous simplifier la vie. Mais je crois aussi que vaincre ses convictions permet d'être plus libre de sa pensée, de ses sentiments et de ses choix.

Emmanuel.

Gallatin a dit…

Bonjour Emmanuel.

Votre nouveau blog est stimulant et bien écrit.

Mais croire que la plupart d'entre nous ne peuvent pas choisir délibérément leurs actions, selon moi ça ouvre la porte à tous les totalitarismes.

En effet, ça implique que les gens se conduisent comme des machines ou des animaux, et donc qu'on est en droit de les traiter comme tels, c'est-à-dire de les contrôler pour leur propre bien.

Je ne vois pas les choses comme ça.

Méme quand un homme laisse orienter ses actions par un système de conviction étroit et erronné, le fait crucial est qu'il pourrait choisir de remettre en cause ses convictions. Comme vous l'avez fait un jour. C'est précisément ce qui différencie les êtres humains des animaux et des machines.

Donc ne pas remettre en cause ses convictions, c'est déjà une action délibérée dont l'homme assume la pleine et entière responsabilité.

Emmanuel a dit…

Bonsoir Gallatin,

Le totalitarisme que vous évoquez a une large place dans la société.

La comparaison homme/machine/animal me semble inappropriée. La question n'est pas dans le côté machine ou animal. Elle est dans la liberté de faire ou pas. Elle est dans le choix d'être libre ou pas.Pour avoir les capacités de choisir il faut en avoir envie et il faut fournir beaucoup d'efforts efficaces. Ce n'est pas la volonté du plus grand nombre qui se contente de suivre plutôt que de réfléchir.

Les médias sont un bon exemple de totalitarisme avec une surinformation apparente, cachant conformité, incompétence et faignantise.Le plus grand nombre s'en accommode et répète bêtement les dires des uns et des autres.

Quant à ne pas remettre en cause ses convictions, je regrette, ce n'est pas un choix, c'est de l'immobilisme.

Gallatin a dit…

Je suis d'accord que fournir des efforts n'est pas la volonté du plus grand nombre, qui se contente de suivre plutôt que de réfléchir.

Il y a pratiquement collusion entre les exploiteurs politico-médiatiques et les hommes-moutons qui se laissent si docilement tondre.

Le dindon de la farce, c'est l'homme libre qui est trop lucide pour accepter le totalitarisme de la pensée unique étatiste, et trop honnête pour passer du côté des exploiteurs: il se voit forcé de supporter par ses impôts un système qu'il abhorre, sans pouvoir réveiller la conscience de la masse de ses co-exploités.

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